1 mars 2012

Le problème n'est pas le nucléaire mais le risque !

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Nous voici un an après la catastrophe de Fukushima. Un an pendant lequel l'ensemble des français étaient pris de sueurs froides toutes les nuits à se poser la grande question de la sûreté des centrales nucléaires. Bon OK, j'en rajoute un peu, mais quand même. :o)
A noter que la période électorale du moment fait évidemment office de catalyseur dans cette affaire. Surtout, j'ai l'impression qu'on est passé pendant un an à coté d'une belle occasion de parler de « science et société ». Mais où sont donc passés les médiateurs scientifiques, que diantre ?!

Le rappel des faits :
Le 11 et 12 mars 2011, un séisme suivi d'un ras-de-marée provoquent au Japon des dizaines de milliers de morts et endommage de façon irréversible le système de refroidissement d'une centrale nucléaire, à Fukushima. Le combustible (Uranium) porté à très haute température risque de fusionner et donc de faire exploser les réacteurs.
Le Japon connaissait alors « une crise sans précédant » - dixit la nana de la TV (l'émotion lui faisant sûrement oublier que le Japon avait déjà fait la connaissance de Little Boy et Fat Man un certain mois d'août 1945).

Un vrai cataclysme qui replonge la France dans les sempiternels débats, sur fond de jugement dernier, sur la nécessité d'arrêter toute exploitation de l'énergie nucléaire :
Les uns, prédicateurs de la fin du monde, accusent le monde politique, influencé par les margoulins de l'industrie, de nous embarquer dans une voie incontrôlable et dangereuse pour les générations futures (c'est sympa de penser à elles).
Les autres, plus ou moins conscients du problème, nous assurent dans un grand élan positiviste que la science est de plus en plus sûre et que les problèmes posés aujourd'hui trouveront inévitablement une solution dans l'avenir.
A noter également qu'on a une tendance lourde à confondre la sûreté (des installations) et la sécurité (des opérateurs et de la population). Mais ceci est un autre débat.

Le débat de fond est éminemment technologique, une technologie mettant le Japon dans une situation non anticipée, aux conséquences sanitaires et économiques graves.

nuclear power

Nous voici donc embourbés dans un débat opposant une sorte de populisme technologique (porté par la peur) à une technocratie triomphante aux allures de guerre froide. Pas très intéressant. Je regrette surtout de n'avoir entendu quelques voix dissidentes nous ramenant vers le vrai sujet sociétal qui pour moi est « la culture du risque ». Pour faire simple, quand on parle de risque nucléaire, le problème est-il le « nucléaire » ou le « risque » ?

La culture cyndinique est présente à tous les niveaux de nos sociétés. Ainsi, alors que je prends un risque (quelques euros) lorsque je joue au loto en espérant décrocher la timbale, des états misent sur la filière nucléaire pour assurer leur indépendance énergétique (et leur suprématie militaire), en espérant que les réacteurs ne nous sautent pas à la figure.
Ce rapprochement est un peu simpliste j'avoue - et volontairement brutal - mais le principe de base (la prise de risque) est le même : on prend un risque quand on entre dans un casino, on prend un risque lorsqu'on prend sa voiture pour aller au bureau, on prend un risque lorsqu'on décide de ne pas se faire vacciner contre la grippe...
Ces risques sont calculés, individuellement du moins, et sont pris délibérément en connaissance de cause. Mais une réelle question éthique se pose quand le risque touche l'intérêt général et que ce risque est pris par des tiers... et sans demander l'avis de ceux qui y sont exposés ! Voilà à mon sens comment la technosociété peut générer la peur chez les citoyens.

Cette question se pose pour le risque nucléaire, mais également pour la plupart des risques sanitaires ou économiques (campagnes de vaccination, financement des recherches en biologie moléculaire ou en nanoscience, choix d'un investissement public, campagnes électorales en vue d'élire un dirigeant...)

Il me semble donc que la question n'est pas de savoir s'il faut « sortir du nucléaire » mais plutôt de savoir s'il faut « sortir du cyndinisme », en discutant les risques encourus et le niveau d'acceptabilité des citoyens. Comme ça, on continuera à se taper dessus comme des gros débiles, mais pour de réelles questions de société. Ça me semble être un moindre mal.

Ainsi je pense qu'une bonne médiation consisterait ici à ne pas entrer dans le débat manichéen du pour/contre le nucléaire, mais bien d'approcher la délicate question de « la société du risque ».

Là me semble être le vrai lien entre science et société, au risque de me tromper bien sûr. ;o)

GF
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Quelques refs sur le sujet :

Ulrich BECK, La société du risque, 1986
Georges-Yves KERVERN, Cyndiniques : concepts et mode d'emploi, 2007
Maryline SPECHT, Le défi des organisations face aux risques, 2009
Jean-Baptiste FRESSOT, Le risque et la multitude, 2010

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