9 mars 2012

Une science mal femmée ?

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L'année mondiale de la chimie en 2011, consacrant le centenaire du prix Nobel de chimie attribué à Marie Curie, a été l'occasion en France d'une grande envolée autour de la place des femmes dans les sciences. Cette thématique est toujours d'actualité et a voir la forte implication de toutes les parties prenantes, « femmes et science » semble être devenu un nouveau Graal de la popularisation des sciences.
La porte est donc ouverte à toutes les imbécilités sexistes, et l'argument majoritaire qui se dégage est que le genre féminin est trop peu représenté au sein de la communauté scientifique... et que la science en pâtirait !
La science serait-elle donc mal 'femmée' ?
  • En premier lieu, je remarque que bien loin de l'objectivité qu'on lui prête, la science telle qu'elle est énoncée ici est manifestement un objet social et n'échappe pas aux considérations socio-économiques et idéologiques qui agitent la société. ;op
  • Je remarque également avec un certain amusement que depuis que la science existe, elle passe un temps fou à nous expliquer que les hommes et les femmes sont intrinsèquement différents ? du coup, je comprends facilement que ces différences -scientifiquement prouvées, créent quelques différends.

La quasi-absence des femmes dans la vie scientifique avant le 20e siècle est indéniable. Beaucoup l'expliquent par (1) les conditions d'apparition et de développement des sciences au sein de sociétés phallocrates, et (2) une certaine « théorie du genre » qui pousse à l'éducation différentielle entre garçons et filles.
Mais derrière le débat systématique et facile de l'égalité homme-femme, on peut voir poindre l'idée tacite que l'homme, et a fortiori la femme, a encore une prise sur l'évolution de la technosociété. Eh ben moi j'en suis pas si sûr, voici l'essentiel de mon propos.


Tout d'abord, ce qui me met mal-à-l'aise, c'est l'impression de voir transposé sur le terrain scientifique une joute sexiste inepte qui n'a finalement aucun rapport avec le domaine concerné. Toutefois, si l'on regarde la recherche scientifique du coté socio-professionnel, la revendication est justifiée. Mais peut-être nous trompons-nous quant aux arguments avancés.
Une remarque : alors que la vulgate féministe a une tendance fâcheuse à confondre l'égalité sociale homme-femme avec l'indifférenciation des genres, l'argument qu'on retrouve fréquemment dans le milieu scientifique est celui qui affirme qu'une certaine sensibilité propre aux femmes serait un atout majeur pour le développer une autre science, plus respectueuse de l'humanité et moins centrée sur les applications techniques. Cette vision me semble intéressante sur le plan idéologique : être une femme influerait donc sur la réflexion théorique, l'organisation du travail, le choix des thématiques de recherche, l'accès au financement, la valorisation des produits de recherche... Avec évidemment le gros sous-entendu que cette influence serait positive.

Premièrement, sans entrer dans trop de dissertation sur le sujet, je ne pense pas que les hommes et les femmes soient si différents, tout contexte social mis à part. Et si Descartes écrit dans son Discours de la méthode que le bon sens est la chose du monde la mieux partagée -et qu'on lui donne raison- une recherche scientifique ou règnerait le bon sens ne verrait pas de différences aussi caricaturales entre hommes et femmes. Mais ceci reste théorique. Ensuite pour la question du bon sens dans les labos, je vous laisse le soin d'ouvrir le débat. ;o)
Deuxièmement, doit-on porter du crédit à la thèse d'une science « sexuée » ?
Je ne pense pas que l'activité scientifique soit sensiblement affectée par le type d'hormone circulant dans le sang du scientifique, et je ne pense pas non plus qu'à une science 'masculine' puisse succéder une science 'féminine'. Surtout quand on y intègre en filigrane une idée d'évolution sociétale.
Ma conviction ici est que le développement technoscientifique est un système qui n'a que faire des querelles sexistes et qui ne répond qu'à une règle majeure : la recherche de l'efficacité. Le système technique, désormais mondialisé, me donne plutôt l'impression d'un développement déshumanisé (donc asexué), une sorte de carcan aux allures totalitaires où les avancées scientifiques ne concourent qu'à une seule chose : le progrès technique et seulement lui. Mais j'entrevois également un système nécessitant des opérateurs : les hommes délaissant les carrières scientifiques, les femmes représentent alors un nouveau vivier à séduire. Nous nous y employons donc.

Pour conclure : le mouvement scientifique global me semble étranger à toute considération sexiste dans la mesure où se développe un système quasi autonome dans lequel l'homme (ou la femme du coup) représente un simple rouage et non une finalité. A discuter si vous le souhaitez.

Ainsi le poète n'a pas toujours raison : la femme n'est peut-être pas l'avenir de l'homme. ;o)

GF
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Quelques refs peut-être :

Commission Européenne, Women in Science, 2009
Evelyn FOX KELLER, The Wo/man Scientist : Issues of Sex and Gender in the Pursuit of Science, 1991
Jean-Marc LEVY LEBLOND, La technoscience étouffera-t-elle la science ?, 2000
Jacques ELLUL, Le système technicien, 1977

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