3 sept. 2013

La technosociété (2) : l'organisation technique

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"La technique est devenue autonome et forme un monde dévorant qui obéit à ses lois propres, reniant toute tradition"

Jacques Ellul dit :

   - Que la technique ne concerne pas que le domaine mécanique mais également la vie sociale et économique ;
   - Que la technique est difficile à définir parce qu'elle dépasse tout jugement de valeur ;
   - Que la technique transforme tout problème en problème technique, ainsi la société inexorablement se technicise.


Organisation technique

O. Sheldon propose une définition de l'organisation : "processus consistant à assigner des tâches à des individus ou des groupes afin d'atteindre de façon efficiente et économique, par la coordination et la combinaison de toutes leurs activités, des objectifs déterminés". Définition très technique, non ?
Le parangon de l'organisation est évidemment l'armée. De tout temps et dans toutes les civilisations, l'armée a été la première à chercher l'efficacité dans tous les domaines. Aujourd'hui encore, rien n'équivaut en perfection la machine de guerre et l'organisation militaire. Je reviendrai dans un prochain billet sur l'importance de l'armée dans le développement scientifique et technique. 

On a tendance à restreindre la technique au monde industriel, le secteur des services et du management apparaissant comme le monde de l'organisation, surpassant la technique. Là encore l'erreur de perception est radicale : l'organisation, c'est la technique appliquée à la vie sociale, économique et administrative. Et de la même façon, elle tend à la standardisation des actions dans un but d'efficacité.
Ainsi, suite au traumatisme qu'a causé la mécanisation lors de la révolution industrielle, on invente une vision consolante de l'histoire : la technique serait donc dépassée pour laisser place à quelque chose de nouveau, de supérieur, quelque chose qui pourra juguler l'avancée des machines. C'est en réalité la technique qui gagne du terrain pour investir toutes les activités humaines.

J. Ellul, pour sa part, distingue cinq grands domaines d'application de la technique :
     (1) les techniques mécaniques ;
     (2) les techniques intellectuelles ;
     (3) les techniques économiques ;
     (4) les techniques d'organisation (commerce, industrie, guerre, politique) ;
     (5) les techniques de l'homme (médecine, communication, pédagogie).
Nous les détaillerons dans un prochain billet.


Définitions

Vous l'avez compris, les définitions communes de la technique ne sont pas satisfaisantes. H. Laswell dit : "la technique est l'ensemble des actions par quoi l'on fait servir les ressources à l'édification des valeurs". C'est un peu intello mais ça se comprend bien, en ayant en tête que les "valeurs" peuvent être la richesse, la production, la puissance, le bien-être physique ou mental... Ou le développement technique lui-même ! Nous y reviendrons.

La technique peut être aussi bien intellectuelle que manuelle et elle ne se cantonne pas à la physique ou la chimie. La technique va au-delà, elle s'adapte, elle assimile, elle forme, elle transcende. Elle semble étrangère au jugement, au subjectif.

On réduit très souvent la technique aux données objectives et chiffrées. C'est l'un des grand pouvoir de la technique car elle permet alors de trouver une solution pour tous les problèmes, dans la mesure où ceux-ci sont chiffrables.
Voici donc l'erreur initiale : tout problème chiffré à forcément une solution chiffrée, il suffit de chiffrer tous nos problèmes afin de les résoudre. C'est l'un des rôles de l'informatique et de la statistique. C'est suffisant, du coup ça devient nécessaire : de fait, aujourd'hui nous pensons que tout problème est un problème technique et par conséquent, nécessite donc une solution technique. Ainsi, nous prenons un soin particulier à débarrasser nos vies de toute subjectivité et de tout arbitraire -tout ce qui caractérise l'être humain en fait, pour évoluer dans un monde fait de chiffres et de machines.
  • Souvenons-nous des Shadoks qui pensent que "si un problème n'a pas de solution c'est qu'il n'y a pas de problème". Cette mentalité est celle qui a perdu l'humanité en générant une société aliénante basée sur le développement technique. Voici l'essence-même du scientisme et de la pensée du 19e siècle.
  • Chacun dans sa vie personnelle sait que les problèmes les plus profonds ne sont pas quantifiables. Aussi je retournerais volontiers la maxime : si un problème a une solution c'est qu'il n'était pas un problème. Aux antipodes de la voie qu'a choisie notre civilisation... Je citerai sûrement les Shadoks à nouveau car la ressemblance entre la technosociété et le monde loufoque des Shadoks n'est sûrement pas fortuite.  ;o)

Difficile de définir la technique, dans un sens étendu, comme concept fondateur de la société moderne. Pour y parvenir J. Ellul distingue "l'opération technique" du "phénomène technique". C'est la suite du propos.

GF
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2 commentaires:

  1. Il y a un autre mot qui, je trouve, revient maintenant très souvent pour nommer des activités de conception quelque soit le domaine: il s'agit de l'INGENIERIE.
    On le trouve utilisé à toutes les sauces. Aussi, je vous verrais bien écrire un billet sur ce sujet. Merci d'avance.

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    1. Bonjour,
      dans notre société technocratique il est évident que l'ingénierie (et l'ingénieur) tiennent une place centrale. La France en est un très bon exemple.
      J'avais prévu d'aborder le sujet tôt ou tard, suite à votre demande ça sera tôt. :o)

      Au plaisir d'échanger sur le sujet.
      GF

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