8 janv. 2013

Le « mariage pour tous » : vers un monde inhumain ?

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Le débat actuel en France sur le mariage entre personnes de même sexe, repeint à la sauce marketing en « mariage pour tous », me semble symptomatique de la mutation profonde que connait notre société : le besoin d'adapter l'être humain à la société technique. Et oui, le mariage homosexuel peut aussi être vu sous l'angle science et société. :o)

Première chose, pour bien comprendre mon propos il est important de poser un contexte :
La société mondiale du 21e siècle est hyper-technique dans tous les domaines. En la regardant de loin, cette société (que j'appelle technosociété) semble avancer toute seule au gré des impératifs technologiques et économiques, et ce malgré la gronde passagère des populations qui finalement n'ont plus aucune emprise sur leur futur.
La réalité actuelle est le fait du développement fulgurant de la technique à tous les pans de la société depuis la révolution industrielle. Cet élan technique est même devenu une condition nécessaire au développement de la société. J'aborde cette question de la perte de contrôle de l'homme sur la société dans mon billet sur la relation co-sanguine entre science et société. J'aurais l'occasion par ailleurs de développer cette thèse.

Le risque ultime est le développement d'une société déshumanisée, une société où le développement technique ne sert qu'au développement technique, une société anonyme où nous serions tous interchangeables car devenus nous aussi des objets techniques.

Voici le référentiel dans lequel je me place. Il n'est pas le moment ici d'en débattre mais ceci viendra : c'est d'ailleurs tout l'objet de ce blog.


Pour moi, la question n'est pas d'être pour/contre le mariage homosexuel car celui-ci sera autorisé, quoi qu'il arrive, comme une suite logique du développement des sociétés occidentales. Le problème est ailleurs et la discussion gagnerait à considérer les causes, les implications, les conséquences de ce type de loi sur l'évolution de la société. Pourquoi cette question est-elle polémique ? Peut-être parce qu'elle nous donne un aperçu de la société de demain.

La question d'autoriser le mariage entre homosexuels me semble de toute importance puisqu'elle transcende les questions économiques et politiques. Elle vient avant, elle touche à l'origine même de notre société, la société dite « traditionnelle », celle qui plaçait l'homme au centre de ses valeurs.
Dans toutes les sociétés traditionnelles, le mariage est un sacrement. C'est le sacrement de « la famille ». Le concept de famille est le pilier de toutes les organisations humaines (y compris les états ou les entreprises). Peu importe la religion, la famille est un sanctuaire qui structure la société. C'est ce sanctuaire qui est ébranlé par le « mariage pour tous ».
Toutefois, le mariage entre homosexuels ne semble pas poser un problème en soi, surtout il pose un nouveau cadre : un nouveau cadre sociétal dans lequel la question de la généralisation de la procréation médicalement assistée (PMA) devient légitime. Et oui, insémination artificielle, GPA, FIV et autres ICSI ouvrent la porte de 'la reproduction industrielle' de l'être humain ! (industrielle, ça veut dire : rôle de l'humain réduit, sélectivité et productivité décuplées).
  • Cette question de la PMA donne corps également à toutes sortes de théories malodorantes laissant entrevoir une idée de normalisation sociale (par le gommage des spécificités ou par simple eugénisme). D'où peut-être le malaise qui accompagne ce sujet. A discuter.

Pour ma part, je vois les choses comme cela : fondée sur une éthique égalitariste, l'autorisation du mariage homosexuel conjugué à la généralisation de la PMA porterait l'estocade à une des notions les plus fondamentales de la société humaine : la spécificité de chaque individu. Et si le mariage sacre des hiérarchies (plus ou moins discutables je vous l'accorde), le mariage homosexuel consacrerait l'interchangeabilité au sein de l'espèce humaine, l'interchangeabilité dont on parlait plus haut et qui est devenu nécessaire au déploiement des technologies.
Si l'on gomme les hiérarchies, si l'on gomme les caractères, les spécificités, si un homme vaut un autre homme, si un homme vaut une femme, si un père vaut une mère... Bref, si nous sommes tous égaux alors nous ne sommes plus personne. Ici est le point de résistance de l'homme face à la technosociété cannibale.
  • L'interchangeabilité humaine existe depuis le début du 20e siècle dans le milieu professionnel (Fordisme), elle est aujourd'hui mondialisée. Sommes-nous en train de vivre l'interchangeabilité dans nos vies personnelles ?

Cette approche de la question reste singulière dans le débat actuel, c'est dommage. On préfère divaguer au gré des fadaises manichéennes dans l'air du temps : politiciens réac' vs. citoyens émancipés, religions conservatrices s'opposant au progrès sociétal, on prône le respect de l'autre dans une société gauchiste et tolérante, on scande des « Liberté, Egalité, Fraternité » qui ne veulent finalement plus rien dire... Bref, ça sent l'angélisme niais, la philo à la mormoil' de bobos parisiens.


A bas l'Egalité !

L'Egalité suscite la Fraternité, mais réduit la Liberté : voici une des équations que cherche à résoudre la société française depuis le siècle des lumières. Aujourd'hui ces mots n'ont plus de sens et les valeurs qu'ils portent nous dépassent.
Notre « société de consommation » (appuyée par la propagande) nous dirige vers une homogénéisation des comportements -c'est pas nouveau. Je critique ici le fait qu'on prête à l'Egalité une vertu émancipatrice. C'est manifestement un leurre et il ne faut pas s'y tromper : l'homme indifférencié, c'est l'homme servile !

Le plus amusant, c'est qu'au nom de la Liberté individuelle et collective, tout le monde est d'accord pour favoriser l'Egalité entre les hommes. Nous applaudissons tous ces propos prétendument humanistes et progressistes alors que nous perdons peu à peu cette Liberté. Voici comme je le pense et sans détour : l'égalitarisme est un chemin vers la dictature. La dictature de la technique en l’occurrence.
Je pense qu'aujourd'hui nous devrions nous mettre dans une posture de compréhension et d'acceptation d'une société basée de plus en plus sur des critères rationnels, bien éloignés de la réalité humaine. L'homme doit désormais retrouver une place au sein d'un monde qui lui échappe. N'est-ce pas l'un des grands défis de la société postmoderne : l'acceptation du modernisme ?
à bas l'égalité


Finalement, sans avoir de sympathie particulière pour les religions, je pense que ces religions (par leur fonction sacrée) restent les seuls lieux où l'homme peut de façon collective exprimer son humanité. Avec tout ce que ça comporte comme défauts. :op
Les religions sont les derniers garants d'une moralité collective, car le bien/mal, le bon/mauvais, le moral/l'immoral n'existent pas dans la technosociété. Faut-il se défaire de ces notions ? Voici une question qui m'intéresse bien plus que les histoires de mariage.

Pour moi, une loi autorisant le mariage homosexuel (avec ou sans PMA) irait dans le sens d'une société déshumanisée... Mais tellement nécessaire en fin de compte !
Pourtant je reste quand même favorable à l'autorisation du mariage entre homosexuel car moi aussi, peut-être, j'ai inconsciemment renoncer à une société défendant les valeurs humaines.

GF
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Un écrit récent :
Shmuel TRIGANO, La nouvelle idéologie dominante : le postmodernisme, 2012
Je conseille de relire attentivement les oeuvres de Nietsche, Ellul, Rousseau, Weber, Marx...

1 commentaire:

  1. Il me semble plutôt que le mariage est, à l'origine, un rite permettant de transformer quelque chose de matériel en quelque chose de symbolique. Ce qui a changé c'est que nous avons désormais les capacités, oui, grâce à la technique entre autre et à une certaine abstraction de notre organisation sociale, de prendre en charge le quotidien de manière individuelle, et même d'élever correctement des enfants. En d'autres termes la famille s'est émancipée de son fondement matériel et n'est plus que symbolique.
    Le mariage est donc devenu un rite qui permet de représenter matériellement quelque chose de symbolique. La famille reste un pilier de l'organisation sociale humaine, mais les organisations changent et les piliers sont mobiles... toutes les structures familiales ne sont d'ailleurs pas identiques à travers l'Histoire, à travers les cultures.
    En fait cette "dématérialisation" est justement une émancipation envers les contingences matérielles, pour ne conserver que l'humain, que ce qui nous relie les uns aux autres. La question des organes génitaux des uns et des autres est, semble-t-il, suffisamment accessoire.

    A conserver un temple sans adapter les rites aux réalités sociales forcément dynamiques, on se retrouve à vivre dans des ruines, comme à Rome quelques centaines d'années après sa chute.

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